You are currently viewing PAR LA VOIX DE MATHILDE ROUSSIGNÉ
Ph. Odile Wetremez

PAR LA VOIX DE MATHILDE ROUSSIGNÉ

  • Auteur/autrice de la publication :
  • Post category:Voix
LYON.

Un écosystème de pratiques et d’héritages africains

Un champ d’action transversal, de la recherche à la transmission, afin de mettre en valeur la diversité et l’héritage des danses africaines et résister à une vision souvent stéréotypée et réductrice de ces esthétiques.

Un ecosistema di pratiche di ispirazione africana

Un campo d’azione ampio e trasversale, dalla ricerca alla trasmissione, per valorizzare la diversità e l’eredità delle danze africane e contrastare una visione spesso stereotipata e riduttiva di queste estetiche.

Nel suo articolo Soulever la poussière, pubblicato su Le Monde diplomatique nel novembre 2025, Mathilde Roussigné — laureata all’ENS di Lione, dottore di ricerca in letteratura francese e post-dottoranda FNRS all’Università di Liegi — sposta il campo di indagine dalla nozione di terreno [1], che attraversava i suoi lavori in letteratura e sociologia, per concentrarsi su una riflessione dedicata alle pratiche musicali e danzate dell’Africa occidentale.

Trattandosi per me di un universo sconosciuto, la rincorro più volte affinché mi racconti il suo progetto di ricerca-azione, realizzato con il sostegno del Centre national de la danse, sulle pratiche dei cerchi di danze popolari dell’Africa occidentale e sulle loro circolazioni transnazionali.

Nel corso della nostra conversazione, in un lunedì di Pentecoste soffocato da un caldo improvviso e al termine di un estenuante festival di tango, Mathilde mi svela il terreno in cui affonda il suo lavoro di ricerca, trasmissione e impegno. Un percorso nutrito da ancoraggi molteplici: un’infanzia trascorsa in Costa d’Avorio, circondata da artisti e percussionisti maliani in esilio, tra cui Soungalo Coulibaly; la pratica della danza afro-contemporanea; gli esordi dell’associazione AfroMundo al suo arrivo a Lione, sotto l’influenza del lavoro di Marion Veyret e della collaborazione con Agathe Moubembe, artista poliedrica con cui avrebbe poi condiviso il progetto di ricerca del CND. A completare questo itinerario, una parentesi formativa al Centre Georges Momboye di Parigi, che lei descrive come «la fabbrica delle danze afro tradizionali».

È verosimilmente l’incontro con la coreografa, danzatrice e pedagoga Manu Sissoko, a Parigi, ad aver poi consentito a Mathilde di riflettere sul futuro delle danze africane mandé. Avvertendo la danza come pratica somatica, Mathilde decide di investire su un progetto di ricerca fondato sull’approccio sociale all’improvvisazione in danza, con l’obiettivo di esplorare le potenzialità dei cerchi popolari e le loro proprietà comunitarie. Parallelamente, conduce un’attività concreta e militante per la diffusione della cultura, della musica e dei balli mandinghi dell’Africa occidentale, in particolare con la sua associazione Eyaé presso l’Île Égalité di Villeurbanne, con Farabanka a Grenoble e con una presenza attiva al fianco del Collectif Soutiens/Migrants Croix-Rousse a Lione.

Di questo brillante percorso di ricerca sul campo, mi colpisce soprattutto la fitta trama di rapporti e tensioni tra politica, arte e letteratura. All’incrocio tra femminismo e marxismo — passando dall’ambiente hip-hop al krump e al tango — Mathilde cerca di mettere in risonanza eredità popolare, improvvisazione e militanza, lavorando oggi sui nodi della produzione artistica di fronte alle pratiche collettive, in cui avviene la trasposizione assoluta dei rapporti sociali. In quest’ottica, con la compagnia Dogoniw, fondata nell’ambito del progetto del CND Danse en amateur et répertoire, continua ad animare danze in cerchio e workshop di improvvisazione, partecipando anche a proposte sceniche di forte intensità, come Hommage au Ballet du district de Bamako, presentato alla Cité de la danse di Rennes nel 2023.

Infine, la nozione di coscienza corporea — che privilegia la consapevolezza somatica del gesto rispetto alla virtuosità formale — insieme all’importanza del contesto in cui queste danze e musiche, fortemente territoriali, prendono forma, sembra illuminare l’intero percorso di questa ricercatrice solidale e combattiva. A chiudere, uno degli slogan di AfroMundo mi sembra condensare bene la postura politica e la traiettoria intellettuale di Mathilde: «Il piacere del momento è primordiale, ma ci mobilitiamo affinché queste danze, simbolo dell’identità di un popolo o di una categoria sociale, non siano ridotte a semplici oggetti di consumo.»

di Francesca Oddone

[1] Roussigné Mathilde, Terrain et littérature. Nouvelles approches, Presses universitaires de Vincennes, 2023

Dans son article Soulever la poussière, publié en novembre 2025 dans Le Monde diplomatique, Mathilde Roussigné – ancienne élève de l’ENS-Lyon, docteure en littérature française et post-doctorante FNRS à l’Université de Liège – déplace la notion de terrain [1], qui parcourait ses travaux en lettres et sociologie, vers une réflexion consacrée aux pratiques musicales et dansées au sein des cercularités mandingues.

Pour ma part, il s’agit d’un univers à découvrir. Je l’ai donc rencontrée à plusieurs reprises afin qu’elle revienne sur son projet de recherche-action, mené avec le soutien du Centre National de la Danse, sur les pratiques des cercles de danses populaires d’Afrique de l’Ouest et leurs circulations transnationales.

Lors de notre conversation, un lundi de Pentecôte écrasé de chaleur, à l’issue d’un festival de tango épuisant, Mathilde m’a dévoilé le terreau dans lequel s’enracine son travail de recherche, de transmission et d’engagement. Son parcours repose sur des ancrages multiples : une enfance passée en Côte d’Ivoire, entourée d’artistes et de percussionnistes maliens exilés, dont Soungalo Coulibaly ; la danse afro-contemporaine pratiquée en amateur ; les débuts de l’association AfroMundo à son arrivée à Lyon, notamment sous l’influence du travail de Marion Veyret et où intervenaient notamment Françoise Veilhan et sa fille Agathe Moubembe, artiste tout terrain avec qui elle partagera le projet de recherche du CND. À cela s’ajoute une parenthèse formatrice au Centre Georges Momboye, à Paris, qu’elle décrit comme « l’usine des danses afro traditionnelles ».

C’est sans doute l’échange avec la chorégraphe, danseuse et pédagogue Manu Sissoko, en région Île-de-France, qui a ensuite permis à Mathilde de réfléchir à certains enjeux liés à l’avenir des danses mandingues. En abordant la danse comme pratique somatique, Mathilde a choisi d’investir dans un projet de recherche fondé sur une approche sociale de l’improvisation en danse, dans le but d’explorer les potentialités des cercles populaires et leurs propriétés communautaires. Parallèlement, elle mène un travail concret et militant pour la diffusion de la culture, de la musique et des bals mandingues, notamment avec son association Eyaé à l’Île Égalité de Villeurbanne, avec l’association Farabanka à Grenoble, ainsi qu’en nourissant les liens avec le Collectif Soutiens/Migrants Croix-Rousse.

Ce que je retiens de ce chemin d’enquête et d’intervention, ce sont les rapports étroits – et parfois tordus – entre politique, art et littérature. À la croisée du féminisme et du marxisme, en passant du milieu hip-hop au krump et au tango, Mathilde cherche à mettre en écho l’héritage populaire, l’improvisation et la militance, tout en travaillant sur les enjeux de la production artistique face aux pratiques collectives, là où se joue la transposition absolue des rapports sociaux. Pour ce faire, avec la Compagnie Dogoniw, qu’elle monte dans le cadre du projet Danse en amateur et répertoire du CND, elle ne cesse d’animer des cercles et des workshops d’improvisation, sans négliger la participation à des moments sur scène, comme Hommage au Ballet du district de Bamako, présenté à la Cité de la danse à Rennes, en 2023.

La notion de conscience corporelle – qui privilégie la conscience somatique du geste plutôt que la virtuosité formelle – mais aussi l’importance du milieu où se développent ces danses et musiques, très territorialisées, éclairent l’ensemble du parcours de cette chercheuse solidaire et combattante. Cette trajectoire rejoint enfin l’une des devises d’AfroMundo, qui me semble bien résumer la portée politique et épistémologique du travail de Mathilde : « Le plaisir du moment est primordial, mais nous militons pour que ces danses, symboles de l’identité d’un peuple, d’une catégorie sociale, ne soient pas réduites à de simples objets de consommation. »

Par Francesca Oddone

[1] Roussigné Mathilde, Terrain et littérature. Nouvelles approches, Presses universitaires de Vincennes, 2023

Laisser un commentaire